Étanchéité d'une montre : ce que demandent ISO 22810 et ISO 6425
Au sens d'ISO 22810, une montre étanche passe quatre essais par immersion, dont une surpression d'eau d'au moins 2 bar tenue 10 min, sans condensation sur la face interne de la glace. ISO 6425 ajoute pour la montre de plongée une profondeur garantie d'au moins 100 m, un indicateur du temps de plongée et un essai d'étanchéité sur chaque montre produite. ISO 22810 rappelle que la tenue dans la durée dépend notamment de la construction de la boîte et de l'histoire de la montre.
Ce que « étanche » veut dire selon ISO 22810
ISO 22810, « Horlogerie – Montres étanches », a été publiée en 2010. Cette première édition annule et remplace ISO 2281:19902. L'ISO l'a confirmée en 2016 puis en 2021. Une nouvelle revue systématique, ouverte le 15 avril 2026, s'est close le 3 septembre 2026 ; au 29 septembre 2026, sa décision n'était pas publiée1. En Suisse, la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH) diffuse la norme sous la référence NIHS 92-206.
La norme définit l'étanchéité comme l'aptitude à résister à la pénétration de l'eau. Elle s'applique à la montre ou à la tête de montre, c'est-à-dire à la montre sans son bracelet. La surpression s'y exprime en bar, et 1 bar correspond à 10 m de profondeur d'eau2.
Le critère de réussite est le même pour chaque essai : aucune condensation ne doit apparaître sur la face interne de la glace. On le vérifie par un essai de condensation, fait avant et après chacun des quatre essais par immersion2.
L'usage visé est précisé par l'ISO. Selon son communiqué de publication, ISO 22810 concerne les montres destinées à l'usage quotidien et à la natation, et les montres de plongée relèvent d'ISO 64253. La norme laisse au fabricant le soin d'indiquer si une activité donnée entre dans le domaine d'utilisation d'une montre, ainsi que de définir les conditions de garantie et les précautions d'entretien2.
Les essais d'ISO 22810, un par un
Avant les essais, on actionne les organes de commande de la montre, puis on les remet en position normale. Pendant toute la durée des essais, la température ambiante reste entre 18 et 25 °C, et l'eau est à la température ambiante, sauf pour les chocs thermiques2.
| Essai | Conditions | Article |
|---|---|---|
| Condensation | Montre posée sur une plaque chauffante réglée entre 40 et 45 °C jusqu'à ce que la glace atteigne la température de la plaque. Goutte d'eau, chiffon ou tampon imbibé, entre 18 et 25 °C, déposé sur la glace. Essuyage au chiffon sec après 1 min environ. | 4.2 |
| Surpression d'eau | Montre entièrement immergée. Pression portée en 1 min à 2 bar au minimum, maintenue 10 min, puis ramenée en 1 min à la pression ambiante. Une surpression plus élevée peut être spécifiée et marquée sur la montre. | 4.3.2 |
| Faible profondeur | Immersion à 10 cm ± 2 cm pendant 1 h au minimum. | 4.3.3 |
| Organes de commande sollicités | Immersion à 10 cm ± 2 cm pendant 5 min, avec une force de 5 N appliquée sur la couronne et les poussoirs, perpendiculairement à leur axe. Couronne et poussoirs vissés, s'ils sont prévus pour l'être. | 4.3.4 |
| Chocs thermiques | Immersion à 10 cm ± 2 cm, successivement dans de l'eau à 40 °C, à 20 °C puis à 40 °C, 5 min chaque fois. Passage d'un bain à l'autre en 1 min au plus. | 4.3.5 |
Chaque essai par immersion est précédé et suivi d'un essai de condensation. Source : ISO 22810:2010, articles 3 et 42.
Les notes de l'essai de condensation comptent en pratique. Sur une glace de plus de 2 mm d'épaisseur, la goutte d'eau n'est pas fiable, et la norme recommande un chiffon ou un tampon imbibé. Une condensation qui se dissipe en moins d'une minute n'est pas un défaut d'étanchéité. Une montre fermée dans une atmosphère saturée d'humidité peut donner un résultat qui ne vient pas d'un défaut ; on la sèche, puis on refait l'essai2.
La norme décrit aussi un essai d'étanchéité par surpression d'air (§ 4.4) et le marquage autorisé sur la montre (article 5). Ces deux passages ne figurent pas dans l'extrait public que nous avons consulté : nous n'en citons pas les valeurs.
Ce qu'ajoute ISO 6425 pour une montre de plongée
ISO 6425, « Horlogerie – Montres de plongée », en est à sa quatrième édition. Publiée en 2018, elle remplace l'édition de 1996 ; l'ISO l'a confirmée en 20244. Elle s'applique aux montres conçues pour résister à une plongée à au moins 100 m et qui indiquent le temps de plongée au moyen d'un système de mesure sécurisé, visible dans l'obscurité. Son annexe A, normative, traite des montres pour la plongée en saturation5. La FH la diffuse sous la référence NIHS 92-116.
La profondeur de référence, notée L, est celle que garantit le fabricant. Les essais simulent une plongée d'une heure à L mètres, suivie d'une heure à 3 m. L'indicateur du temps de plongée, par exemple une lunette tournante, doit être protégé contre une manipulation involontaire et permettre de lire le temps de plongée avec une résolution d'une minute au moins, sur au moins 60 minutes5.
Homologation, puis essai de chaque montre
La norme distingue deux niveaux d'essais. Les essais d'homologation se font sur un échantillon, dans un ordre imposé : visibilité, résistance magnétique selon ISO 764, cycle de température, brouillard salin avec le bracelet, chocs sur la tête de montre selon ISO 1413, étanchéité, chute libre, puis résistance des attaches. Chaque montre de l'échantillon doit passer tous les essais. En production, chaque montre passe l'essai de résistance à une surpression d'eau décrit au § 4.7.45.
Sauf spécification contraire, les essais se font sur la tête de montre seule, à (23 ± 5) °C. Le cycle de température enchaîne une heure à −20 °C dans l'air, une demi-heure à température ambiante, une heure à 60 °C dans l'air, puis, dans les 5 minutes, une heure dans de l'eau à 2 °C. Le brouillard salin dure 48 h, selon ISO 92275. Les essais d'étanchéité de l'homologation comprennent notamment5 :
- deux périodes de 24 h d'immersion à 30 cm, en manœuvrant dans l'eau tous les mécanismes au début de chaque période (§ 4.7.1) ;
- une surpression d'au moins (L + 0,25·L)/10 bar, soit l'équivalent de 125 % de la profondeur garantie, avec une force de 5 N sur la couronne et les poussoirs pendant 10 min (§ 4.7.2) ;
- une surpression d'au moins 10 bar, atteinte en 10 min, pendant laquelle on actionne cinq fois les dispositifs prévus pour servir en plongée et ceux qui ne sont pas protégés contre une manœuvre involontaire ; elle est maintenue 30 min, puis ramenée à 0,3 bar pendant 30 min (§ 4.7.3).
Les paramètres de l'essai de production du § 4.7.4 ne figurent pas dans l'extrait public de la norme ; nous ne les citons pas. La norme décrit aussi, dans son annexe B informative, un essai préliminaire facultatif à l'air5.
| Point | ISO 22810:2010 | ISO 6425:2018 |
|---|---|---|
| Montres visées | Montres étanches pour l'usage quotidien et la natation, selon l'ISO | Montres de plongée conçues pour au moins 100 m ; montres pour la plongée en saturation (annexe A) |
| Valeur annoncée | Surpression d'essai d'au moins 2 bar, ou valeur plus élevée spécifiée et marquée sur la montre | Profondeur garantie L, d'au moins 100 m |
| Couronne et poussoirs | Force de 5 N sous 10 cm d'eau, pendant 5 min | Force de 5 N sous une surpression équivalant à 125 % de L, pendant 10 min ; manœuvres dans l'eau et sous 10 bar |
| Température | Chocs thermiques dans l'eau : 40, 20 puis 40 °C | Cycle de −20 à 60 °C dans l'air, puis eau à 2 °C |
| Autres exigences | Étanchéité seulement (articles 3.2 à 3.5) | Indicateur du temps de plongée, lisibilité dans l'obscurité, résistance magnétique, brouillard salin, chocs, résistance des attaches |
| Essais de production | Au choix, plan d'échantillonnage compris | Essai de surpression d'eau sur chaque montre (§ 4.7.4) |
| Référence FH | NIHS 92-20 | NIHS 92-11 |
Sources : extraits publics des deux normes, communiqué de l'ISO de 2010 et liste NIHS de la FH2356.
Où l'étanchéité se gagne : joints, couronne, glace, fond
Les deux normes éprouvent une montre terminée, et aucune ne donne de cotes pour la boîte. ISO 22810 rappelle que la qualité et la durée de la protection dépendent notamment de la construction de la boîte, de la qualité de sa réalisation et de l'histoire de la montre2. Les cotes qui la conditionnent se fixent sur le plan de la boîte.
Pour ces interfaces, la FH diffuse des normes et des guides NIHS consacrés à l'habillage. Voici ceux qui touchent directement l'étanchéité6.
| Interface | Référence | Titre |
|---|---|---|
| Joint torique | NIHSG 62-02 | Joints toriques – Logements |
| Joint plat | NIHSG 62-04 | Joints plats – Logements |
| Couronne et tube | NIHS 63-31 (SN ISO 10552) | Couronnes et tubes étanches – Constructions et dimensions |
| Fond et lunette vissés | NIHSG 60-30 | Boîtes étanches – Filetages des fonds et des carrures-lunettes |
| Fond vissé | NIHSG 60-31 et 60-32 | Boîtes étanches – Fonds vissés à 10, 12 ou 14 pans ; fonds vissés à 6 encoches |
| Glace | NIHS 61-12 (SN ISO 14368-2) | Verres de montres minéraux et en saphir – Partie 2 : Fixation à la boîte par collage ou à l'aide d'un joint |
| Glace avec bague | NIHSG 61-21 | Glaces rondes avec bague – Ajustements |
Titres relevés dans la liste des normes NIHS disponibles, valable dès avril 2026. Les guides NIHSG cités n'existent qu'en français6.
ISO 14368-2 fixe les exigences dimensionnelles de l'interface entre la boîte et une glace ronde, minérale ou en saphir, montée par collage ou avec un joint7. Le plan d'une boîte à glace ronde peut y renvoyer pour la portée de la glace.
Dans notre atelier, ces interfaces reviennent à chaque montage. Les glaces saphir ou minérales sont collées sur les carrures et les fonds, à la colle UV ou en étuve à température contrôlée, puis vérifiées à la binoculaire. Au montage de la boîte, chaque composant est vérifié avant la pose et serré au couple requis, et chaque emboîtage se termine par un test d'étanchéité. Quand une marque nous confie son dessin, la reprise porte aussi sur les cotes, les tolérances et l'étanchéité : c'est une partie de notre travail de design et construction de l'habillage. Sur les prototypes, la mise au point technique vérifie ces choix avant la série.
Tolérances générales et tolérances horlogères
Sur un plan, une cote qui ne porte pas de tolérance propre relève de la tolérance générale indiquée dans le cartouche. ISO 2768-1:1989 fixe ces tolérances générales en quatre classes, pour les dimensions linéaires et angulaires des pièces obtenues par enlèvement de matière ou formées en tôle. Une deuxième édition d'ISO 2768 est au stade de la publication depuis le 2 juin 20268.
L'horlogerie suisse a ses propres références : NIHS 04-03 traite de l'application des tolérances, et NIHS 04-04 des ajustements radiaux et axiaux6. Pour l'étanchéité, nous conseillons de donner une tolérance propre à chaque cote qui conditionne un joint ou une glace : diamètre et profondeur d'un logement de joint, alésage du tube de couronne, portée de la glace, filetage du fond. Chacune renvoie alors au document NIHS ou ISO correspondant, plutôt qu'à la tolérance générale.
Le plan distingue aussi les surfaces d'aspect, qui passeront au polissage ou au satinage, des surfaces qui portent un joint ou une glace. Une finition enlève de la matière ; elle ne doit toucher une portée d'étanchéité que si le plan l'a prévu.
Essais de production et essais en cas de litige
ISO 22810 précise quels essais s'appliquent en cas de litige. Pour la production, elle laisse au fabricant la responsabilité de définir les essais qu'il applique à ses montres s'il veut pouvoir garantir qu'elles satisfont à la norme2. Selon le communiqué de l'ISO de 2010, le choix des essais et du plan d'échantillonnage revient aux fabricants, à condition que le produit fini satisfasse à la norme3. ISO 6425 impose au contraire un essai de surpression d'eau sur chaque montre de plongée produite5.
Les normes parlent du fabricant. Pour une montre développée avec un sous-traitant, ces choix reviennent à la marque, qui les inscrit dans son cahier des charges :
- la norme visée, et la surpression ou la profondeur annoncée ;
- l'essai de production, avec sa pression et sa durée, et s'il porte sur chaque montre ou sur un échantillon ;
- le sort d'une montre qui échoue à l'essai ;
- le document qui accompagne chaque lot livré.
Notre contrôle final comprend un test d'étanchéité instrumenté, à nos valeurs standard ou à des valeurs plus élevées sur demande. Ces valeurs sont données à un seul endroit, dans la section contrôle final de notre page sous-traitance horlogère. Une non-conformité est isolée et consignée, et aucune pièce non validée ne quitte l'atelier. Un rapport de contrôle est fourni sur demande.
ISO 22810 rappelle aussi que l'étanchéité dépend de l'histoire de la montre, interventions de service et chocs compris2. Notre service après-vente horloger comprend un test d'étanchéité avant le retour de la montre.
Le Poinçon de Genève comprend lui aussi un contrôle de l'étanchéité de la montre terminée ; ses conditions sont résumées sur notre page Swiss made, mention Genève et Poinçon de Genève.
Questions fréquentes
Une montre étanche à 100 m peut-elle servir à la plongée ?
Cela dépend de la norme à laquelle elle répond. D'après l'ISO, la norme ISO 22810 concerne l'usage quotidien et la natation ; une montre destinée à la plongée en scaphandre autonome relève d'ISO 6425, qui ajoute notamment un indicateur du temps de plongée et un essai d'étanchéité sur chaque montre. C'est le fabricant qui indique les activités pour lesquelles la montre est prévue.
Quelle profondeur correspond à 1 bar ?
ISO 22810 fait correspondre 1 bar à 10 m de profondeur d'eau. Son essai de surpression se fait à 2 bar au minimum ; une valeur plus élevée peut être spécifiée et marquée sur la montre.
Faut-il tester l'étanchéité de chaque montre ?
ISO 6425 l'exige pour les montres de plongée. ISO 22810 laisse le fabricant choisir ses essais de production et son plan d'échantillonnage, pour autant que les montres livrées satisfassent à la norme.
ISO 22810:2010 est-elle toujours en vigueur ?
Oui. L'ISO l'a confirmée en 2016 puis en 2021. Une nouvelle revue systématique s'est close le 3 septembre 2026 ; au 29 septembre 2026, sa décision n'était pas publiée.
Sources
- ISO 22810:2010, Horlogerie – Montres étanches : fiche de la norme et étapes de son cycle de vie (confirmations de 2016 et 2021, revue systématique de 2026). Fiche sur iso.org consulté le 29 septembre 2026
- ISO 22810:2010, extrait public officiel : avant-propos, introduction, articles 1 à 4.3.5. Extrait en français (PDF, iTeh Standards) consulté le 29 septembre 2026
- ISO, « La norme ISO sur les montres étanches refait surface », communiqué du 3 novembre 2010. Communiqué sur iso.org consulté le 29 septembre 2026
- ISO 6425:2018, Horlogerie – Montres de plongée : fiche de la norme et étapes de son cycle de vie (confirmation de 2024). Fiche sur iso.org consulté le 29 septembre 2026
- ISO 6425:2018, extraits publics officiels : avant-propos, introduction, articles 1 à 4.7.2 en français, 1 à 4.7.3 en anglais. Extrait en français (PDF) · extrait en anglais (PDF), iTeh Standards consulté le 29 septembre 2026
- FH, Fédération de l'industrie horlogère suisse, service NIHS : liste des normes disponibles, valable dès avril 2026. Liste en PDF sur fhs.swiss consulté le 29 septembre 2026
- ISO 14368-2:2003, Verres de montres minéraux et en saphir – Partie 2 : Fixation à la boîte par collage ou à l'aide d'un joint : résumé de la norme. Fiche sur iso.org (anglais) consulté le 29 septembre 2026
- ISO 2768-1:1989, Tolérances générales – Partie 1 : Tolérances pour dimensions linéaires et angulaires non affectées de tolérances individuelles ; et ISO 2768, 2e édition, en cours de publication. Fiche ISO 2768-1 · fiche de la révision consulté le 29 septembre 2026
Cet article résume des normes et cite ses sources. Seul le texte complet d'une norme, disponible auprès de l'ISO ou de la FH, fait foi.